Ciné-concert

La Délaissée glaciaire

Christophe Galleron

À travers cette forme scénique qui mêle la lecture de mon journal intime au refuge de la Pilatte, la projection de deux courts métrages d’animation (Angelo et Piera) et un concert, je pose un regard poétique sur l’existence d’un homme qui se défait de tout ce qu’il possède pour s’inventer une nouvelle vie. La délaissée glaciaire est l’espace abandonné par le glacier suite à son recul. Nous vivons aujourd’hui en accéléré la disparition des glaciers alpins et la multiplication par conséquent de ces espaces. D’un côté, une disparition, un deuil, de l’autre, un nouveau territoire. Sur la délaissée se développent de magnifiques petites plantes, c’est ce que j’ai pu découvrir en séjournant pendant l‘été 2016 à 2577 mètres d’altitude face au glacier de la Pilatte en Oisans. Ces plantes, solidaires, se suivent en confiance là où, dans le passé, régnaient le roc et la glace. C’est un endroit où peut se dessiner un demain. Un demain qui demande un certain courage et beaucoup d’imagination. La délaissée glaciaire est ce lieu où nous pouvons individuellement et collectivement entreprendre pour redonner de la beauté et du sens à nos territoires intimes et réels confrontés aux manques, aux disparitions, aux deuils. C’est ce que nous pouvons faire à partir de ce qui a disparu. Car tout disparaît. Tout disparaît, sauf peut-être les légendes. C’est pour cela que j’ai réactivé celles de mon enfance passée dans une vallée de montagne des Hautes-Alpes. Ces légendes étaient celles des alpinistes des années 50, les exploits des Terray, Bonatti, Herzog, Lachenal dont les récits occupaient la bibliothèque familiale et peuplaient les conversations à chaque ascension d’un nouveau sommet. En passant 3 semaines au refuge de la Pilatte, j’ai fait la découverte d’un graffiti taillé au couteau par un homme prénommé « Angelo » à qui j’ai attribué ce statut d’être de légende. Ce personnage, que j’ai imaginé jeune guide dans les années 50 et dont j’ai cherché la trace, me permet de rendre humaine cette interrogation qui vit en chacun de nous : Que fait-on d’une existence quand tout est amené à disparaître ? Restent donc les histoires, la mémoire. Que peut-on faire de ces traces, de ces fables ?
Samedi 10 juillet [18:00]

Lieu à définir