Arts vivants, littératures, paroles scientifiques, arts visuels, rencontres insolites sur les pentes du massif de Belledonne (Isère) : voilà pour la charpente du festival de l’Arpenteur. Les artistes invité·es, reconnu·es ou encore en devenir, jouent le jeu d’une aventure atypique, sensible, humaine, sur scène et dans le jus joyeux de nos lieux de vie ou d’évasion.
Qui a poussé un jour la porte d’un refuge dans une tempête, dans la fatigue, ou la violence du monde connait cette sensation de se sentir à l’abri, de pouvoir reprendre des forces. Entre la vallée et le sommet ou le prochain col, il y a cet endroit à la fenêtre ouverte, cette cabane brinquebalante au pied du glacier, sur un haut plateau ou cachée dans un maquis. Henry David Thoreau qui s’était retiré au fond des bois avait trois chaises « une pour la solitude, deux pour l’amitié, trois pour le monde ». Ces trois chaises sont celles que l’on espère, lorsque l’on cherche refuge. Une manière de se relier à soi ou aux autres pour mieux se relier au monde. Les semelles usées par les sentiers, les beaux et les mauvais jours, l’Arpenteur veut continuer d’apprendre à faire refuge, à ouvrir la porte, à créer ce moment de frugalité, de fraternité, de sororité et d’hospitalité. Être un refuge pour la pensée, comme la montagne est un refuge pour le vivant. Il y a des millénaires déjà, lagopèdes, blanchons, ou joncs arctiques ont trouvé refuge sous nos latitudes grâce aux pentes, aux montagnes, à l’altitude, à ce paysage que nous aimons, arpentons, tentons d’habiter. En cherchant refuge, nous habiterons la montagne modestement, en la ménageant plutôt qu’en l’aménageant, en saisissant à quel point nos présences sont furtives et combien, comme l’écrit Marielle Macé, nos cabanes sont des manières « d’imaginer des façons de vivre dans un monde abîmé ».
Pour traverser les sombres temps, nous chercherons refuge en nous accrochant aux branches d’un arbre à palabres, dans la musique tambour battant et autour des tables du bivouac, nous chercherons refuge sur les toits d’une ville en guerre contre les femmes, là où s’élargit l’horizon ou dans les hauteurs des montagnes, là où fleurit encore l’androsace, nous chercherons refuge avec celles et ceux qui espèrent un endroit où vivre en paix, nous chercherons refuge dans la poésie, les récits, les voix humaines. Nous chercherons refuge et continuerons de chercher. Nous ferons de nos vulnérabilités et de nos forces un feu qui crépite et danse la nuit dans nos cabanes.
Laetitia Cuvelier, co-directrice